S’abandonner à vivre, de Sylvain Tesson

Recueil de nouvelles de Sylvain Tesson

Recommandé: oui!

Ce qui marche

  • La langue française maniée avec virtuosité. Chaque nouvelle est un plaisir à lire, quel que soit son sujet.
  • Des personnages et des situations qui sonnent juste. Il n’y a pas ce côté artificiel de tant d’auteurs modernes. L’auteur a beaucoup observé, beaucoup vécu et l’expérience se sent dans ses écrits.
  • Même si les sujets des nouvelles sont des plus variées, certains thèmes sont chers à l’auteur et reviennent souvent: la culture russe, les grands espaces, l’escalade. On retrouve aussi souvent une petite pointe d’anarchisme lorsqu’il parle des sociétés occidentales.

Ce qui ne marche pas

  • Le regard porté par l’auteur sur les personnes, les situations, la société (et j’en passe) est généralement négatif. Ce sont des textes engagés, parfois quasiment des textes d’écorché, dont il ressort cynisme (un peu) et pessimisme (beaucoup). Après quelques nouvelles on s’habitue et on s’étonne moins: des retournements en deviennent prévisibles.

Citations

  • « Il y a des ermites qui ont fini assis sur des colonnes. Était-ce pour se rapprocher de Dieu ou pour fuir les emmerdeurs? »
  • « un écueil qui fracassa tellement de vaisseaux qu’on se demande si ce n’est pas l’accumulation des épaves qui constitue le haut-fond »

Joël

Xavier Niel, la voix du pirate

Biographie de Solveig Godeluck et Emmanuel Paquette. 2016.

Recommandé: non!

Ce qui marche

  • La documentation précise, souvent référencée, donne une grande crédibilité à cette biographie de Xavier Niel, fondateur de Free. La biographie n’est ni à charge ni hagiographique: c’est le principal intérêt.
  • Les interviews menées par les auteurs, en particulier, donnent des points de vue variés sur des épisodes clefs de sa carrière. Ce sont pour certains des personnes clefs de l’industrie du web, et ce sont des points de vue qui ont une valeur notable.

Ce qui ne marche pas

  • Le choix de raconter les différents épisodes de la vie de Xavier Niel dans le désordre. Assumée par les auteurs « pour en accroître le suspense », cette idée ne fonctionne pas. On y perd la progression du personnage, certains sujets sont traités en plusieurs endroits du livre.
  • L’écriture du texte est décevante: certains paragraphes s’apparentent plus à une compilation de notes d’enquêtes qu’à une réelle analyse ou à un réel récit. Peu de recul: c’est dommage car on attend d’une biographie autre chose qu’une accumulation de données.
  • L’absence d’explications techniques. Les auteurs soulignent souvent que c’est par la technique que Xavier Niel a devancé nombre de ses concurrents au cours de sa carrière. Malheureusement, aucun effort n’est fait pour expliquer cet aspect au lecteur alors qu’on pouvait espérer un effort de vulgarisation. C’est dommage.

En résumé: sujet très intéressant, mais livre décevant!

Joel

Player One, de Ernest Cline

Titre original: Ready Player One. Roman de 2011.

Recommandé!

Ce qui marche

  • L’efficacité de l’intrigue. Passé l’exposition de son univers, l’action est efficace et on n’a qu’une seule envie: continuer à lire. C’est un scénario des plus classiques, basée sur une quête avec des personnages très gentils et des très méchants. Transposées dans un univers virtuel, les grosses ficelles des histoires d’aventure sont là et fonctionnent toujours: par exemple le héros qui croit voir passer une ombre dans une bibliothèque et envisage qu’un espion est en train de les observer.
  • La culture américaine pop et geek des années 80. Pour qui est intéressé par cette culture assez spécialisée, c’est un grand plaisir: Pacman, Zork etc pour les jeux vidéos, TRS-80, consoles Atari pour le hardware, idem pour la musique et le cinéma. L’auteur joue sur la passion du lecteur, et ça marche! Il ne prétend d’ailleurs pas être exhaustif mais assume des choix purement personnels. Les années 80 s’étendent en réalité de la fin des années 70 (Star Wars) au début des années 90.
  • Les personnages principaux: ils sont intelligents et sympathiques. En lisant, on a envie qu’ils réussissent.

Ce qui ne marche pas

  • C’est une énième vision pessimiste du futur. En 2045, la terre a épuisé ses ressources, la pauvreté est partout etc. Les gens vivent dans des caravanes empilées les unes sur les autres. Idem pour le héros, élevé par une tante qui ne l’aime pas: enfance frustrée, mère morte d’une overdose, père qu’il n’a jamais connu… Tout cela sent le déjà-vu.
  • Les 100 premières pages servent à expliquer le contexte: c’est beaucoup. Si l’auteur situe son action en 2045, en réalité il parle des « années 80 », reconstituées de manière virtuelle: c’est son vrai sujet. Expliquer comment les années 80 sont redevenues à la mode en 2045 est un peu laborieux et E.Cline a besoin de ces 100 pages pour faire passer le message.
  • Enfin, les technologies de 2045 sont décevantes pour un livre de Science-Fiction et ressemblent plus à une amélioration de ce qu’on connaît aujourd’hui plutôt qu’à une réelle anticipation. En gros, son monde virtuel correspond à ce que veut faire Facebook avec Oculus rift en couplant réalité virtuelle et réseaux sociaux. Lorsque le roman a été écrit en 2011, c’était sûrement une vision neuve. En 2017,  elle semble beaucoup moins exotique. J’ai aussi été étonné de voir que dans 28 ans, il y aurait toujours Youtube et Ebay et qu’on écrirait toujours des blogs (il y a 28 ans, internet n’existait pas pour le grand public, donc le potentiel de changement en cette période est énorme). On assiste finalement à un mélange des époques (1980, 2010 et 2045) où l’auteur a mis ce qui lui plaisait et ce qui était pratique pour son intrigue.

En résumé: un bon roman!